Parfois, certains lieux semblent appartenir à une autre époque au point qu’on a du mal à croire qu’ils existent encore dans notre monde moderne. Versailles fait partie de ceux-là. Grâce à un membre de la famille disposant d’un appartement de fonction dans l’aile des ministres du château, nous avons la chance d’y séjourner quelques jours. Non pas à proximité du château, non pas « avec vue sur » Versailles… mais littéralement dans l’enceinte même du domaine.
Passer la grille d’honneur en voiture
Dès l’arrivée, le décor dépasse l’imagination. Nous franchissons la grille d’honneur du château … oui, l’entrée principale, celle que des milliers de visiteurs photographient chaque jour depuis l’extérieur ! Mais cette fois, la barrière s’ouvre pour nous. La voiture avance lentement dans la cour d’honneur, entourée de façades monumentales et de pavés chargés de siècles d’histoire 😉, mieux vaut avoir de bonnes suspensions.
À droite, l’aile des ministres nord devient notre pied-à-terre pour quelques jours. On peine à réaliser. Dormir ici paraît irréel. Et si nos recherches sont exacts, alors cette aile aurait été occupée par nul autre que le Grand Colbert lui-même. Rien que cette pensée suffit à donner le vertige.
Nous montons les bagages et visitons ce lieux, les enfants sont émerveilles, et nous avons une étrange sensation d’être à la fois des intrus et des témoins privilégiés d’un décor qui semblait jusqu’ici réservé aux livres d’histoire.
Premiers pas dans le domaine
La première journée est courte : nous arrivons seulement en milieu d’après-midi. Le temps de nous installer, de découvrir l’appartement et de faire quelques courses rapides pour le soir, la lumière commence déjà à décliner.
Après le dîner, impossible de résister à l’envie d’aller marcher dans les jardins. Il fait frais, à peine 10 °C, et le soleil joue à cache-cache avec les nuages. Par moments, les rayons illuminent les statues et les bassins ; quelques minutes plus tard, les contrastes disparaissent et le froid nous tient éveillé.
Vera grelotte rapidement, Jean-Christophe lui prête son blouson après une petite hesitation. Lui continue en polo. « Ça pique un peu, mais ça va », dira-t-il plus tard avec un sourire, mais rien qui puisse gâcher cette promenade presque irréelle.
Le contraste est saisissant : Versailles est d’ordinaire associé à la foule, au bruit et aux files d’attente. Mais le soir venu, les jardins changent complètement de visage. Les grandes allées deviennent calmes, presque méditatives. Le vent remue doucement les arbres taillés avec une précision géométrique, Vera trouve qu’ils sont taillés façon Minecraft. Et nous pouvons apprécier quelques oiseaux chantant encore avant la nuit.
Jour 2 – Entre averses et parenthèses royales
Le lendemain matin, nous profitons un peu de la ville avant de rejoindre le domaine du Trianon. Passage obligé par une boulangerie pour acheter du pain frais et préparer un bon petit pique-nique. Non, marcher dans les jardins royaux le ventre vide n’est pas considéré comme un faux-pas. Mais marcher avec des enfants affamés serait une erreur dramatique.
Direction le Hameau de la Reine
Le lieu possède quelque chose d’étrange et de fascinant. On passe brutalement du faste monumental du château à une campagne idéalisée, presque théâtrale. Les petites maisons semblent sorties d’un conte, les chemins serpentent entre étangs et verdure, les jardins à l’anglaise se prêtent à merveille à ce lieu mise en scène, et pendant quelques instants on oublierait presque que tout cela se trouve au cœur de Versailles.
Enfin… jusqu’à ce que le ciel décide de participer à la visite.
Deux grosses averses viennent interrompre notre exploration. Heureusement, elles restent relativement courtes ce qui transforme davantage la journée en jeu de patience qu’en véritable galère. Nous alternons donc marche, vérification du radar de pluie et replis stratégiques sous les abris.
Le mauvais temps donne d’ailleurs une atmosphère particulière au domaine. Les chemins se vident, les gouttes clapotent sur les étangs, les arbres prennent des teintes plus profondes. Même les oies et leurs bébés semblent hésiter entre un plan d’eau et le sous-bois.
Petit et Grand Trianon
Une fois les averses passées, nous poursuivons vers le Petit puis le Grand Trianon.
Jean-Christophe remarque rapidement un détail qui n’échappe probablement qu’aux visiteurs ayant la chance de revenir régulièrement : les fleurs du début avril ont été remplacées. Les massifs restent élégants, bien sûr, mais les nouvelles plantations sont moins généreuses et moins colorées. Le travail des jardiniers est constant, certainement comme à l’époque royal, espérons qu’ils soient mieux compensés.
Les enfants, eux, commencent surtout à suivre le rythme de leurs jambes fatiguées.
L’idée d’une glace apparaît alors comme une évidence. Mais après avoir découvert qu’une simple petite boule coûte près de 4 €, notre enthousiasme subit une légère décélération. À ce tarif-là, même Louis XIV n’aurait pas savouré ce plaisir glacé.
Nous nous rabattons donc sur une solution plus raisonnable : boissons fraîches et parts de gâteau. Pari gagné, puisque ce ravitaillement sucré redonne suffisamment d’énergie à tout le monde pour entreprendre le chemin du retour.
Le calme… ou presque
Le soir venu, Vera et Jean-Christophe repartent seuls marcher dans les jardins. Le château s’apaise lentement. Les visiteurs sont presque tous partis, les allées retrouvent leur sérénité.
Enfin… presque. 😅
Au loin, des techniciens installent une scène et du matériel pour un grand concert électro : Versailles Electro. Entre deux chants d’oiseaux et quelques bourrasques de vent, des tests sonores résonnent soudain dans les jardins royaux.
À certains moments, les basses semblent suffisamment puissantes pour faire vibrer les façades elles-mêmes. On finit même par se demander s’ils n’essaient pas d’ajuster le volume juste en dessous du seuil critique capable de faire exploser les carreaux de la galerie des Glaces située juste au-dessus de la tribune.
Peut-être qu’au premier carreau brisé, quelqu’un note soigneusement la valeur sur une feuille avant d’annoncer très sérieusement : « Voilà. On ne dépasse plus ce niveau-là. »
Espérons simplement que le technicien du son n’éternue pas au moment de tourner le volume sonore. Sans quoi même les célèbres miroirs de la galerie risqueraient de se fendre sous l’effet des basses.
Le contraste est savoureux : Louis XIV n’avait probablement pas anticipé qu’un jour les basses électroniques feraient vibrer son domaine. Et pourtant, étrangement, cela fonctionne.
Versailles continue d’évoluer, d’accueillir de nouvelles époques sans complètement perdre son âme. Peut-être est-ce précisément cela qui rend ce lieu si fascinant : il reste vivant.
Demain, les grandes eaux (non il ne pleuvra plus ! On parle ici des fontaines) et le Château. À suivre…
PS : je rajouterais plus tard les photos.